Vitaly Malkin
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Avec Disney, le woke washing lave plus blanc que neige

    Disney

    Disney

    J’ai toujours été un grand consommateur de médias. J’y consacre plusieurs heures par jour, en particulier à décortiquer la presse américaine. Plaisir un brin pervers, je l’avoue, puisqu’en ce moment, il consiste pour une large part à déceler les manifestations les plus excentriques de la culture woke.

    Ces dernières semaines, je suis tombé sur deux anecdotes impliquant la marque Disney. J’ai tout de suite levé un sourcil intéressé : avec Disney, on touche au coeur de la civilisation américaine. Quelle entreprise incarne mieux ce mélange d’entertainment et d’idéologie (faussement) bienveillante qui brasse des sommes d’argent colossales ? S’intéresser aux créations et aux coulisses de Disney est toujours une bonne façon de prendre le pouls de l’Amérique, et d’une certaine façon, du monde.

    Le baiser de la mort

    D’abord, il y a eu l’affaire du baiser de Blanche Neige. Au début du mois de mai, dans le supplément en ligne du San Francisco Chronicle, deux journalistes livraient leur verdict sur une attraction du parc Disneyland inspirée du célèbre film sorti en 1937. Attraction réussie, selon nos intrépides journalistes, si ce n’est que ses concepteurs ont eu le culot de conclure l’expérience proposée aux spectateurs sur cette scène mythique : le baiser du prince qui provoque le réveil de la belle endormie. Contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là (le ridicule de la chose peut expliquer bien des emballements), nos journalistes ne réclamaient pas la fermeture du parc, encore moins l’interdiction du film. Elles se « contentaient » d’interroger, dans leur vocabulaire inimitable, « l’opportunité » d’un tel final.

    « Il est dur de comprendre, écrivaient-elles, pourquoi le Disneyland de 2021 a choisi d’ajouter une scène qui véhicule ce genre d’idées rétrogrades de ce qu’un homme peut faire à une femme, surtout alors que l’entreprise s’efforce actuellement d’enlever des scènes problématiques de ses attractions. [...] Pourquoi ne pas réinventer une fin qui garde l’idée du film et la place de Blanche-Neige dans la mythologie Disney, mais évite ce problème ? »  Pas de censure, donc, mais une vision des rapports hommes-femmes, une paranoïa à l’égard des hommes qui n’en finissent pas de me navrer, même après des années à subir des discours du même genre. Rappelons qu’on est dans un conte de fées, et que le baiser du prince est censé traduire son amour véritable, non pas une quelconque tentative d’abuser d’une Blanche Neige droguée au GHB… Si, dans le monde enchanté des woke, même l’amour est un péché, alors je préfère largement croupir dans l’enfer du réel !

    Les entreprises lancées dans une croisade aux objectifs douteux

    La deuxième anecdote concerne le fonctionnement même de Disney. Un document issu de la formation des salariés du groupe a été rendu public récemment, faisant état de la soumission de l’entreprise au niveau discours de repentance. On y apprend que les salariés blancs du groupe sont « invités » à faire la liste de leurs privilèges, à s’éduquer à l’existence du racisme systématique et de la transphobie, à « décoloniser les étagères de leurs bibliothèques ». Phrase particulièrement inquiétante pour un esprit libre, qui pense que supprimer les mots ne change strictement rien aux faits, et peut même s’avérer contre-productif.

    Pour avoir été abondamment exploitée par Fox News (preuve que la guerre culturelle américaine est loin d’être éteinte), l’information n’en reste pas moins vraie. Elle traduit la préoccupation, trop urgente pour être honnête, qui s’est emparée des grandes entreprises américaines autour de la question des minorités. Récemment, c’est Coca Cola qui s’est illustré à sa façon en proposant à ses collaborateurs une formation LinkedIn (retirée depuis face au tollé) dans laquelle on leur apprenait à « être moins blancs ». Quant à la marque de glaces Ben & Jerry’s, elle s’est carrément dotée d’un « plan pour démanteler la suprématie blanche ». Quelle est la part de sincérité dans ces déclarations grandiloquentes ? Quelle est la part de woke washing ? Poser la question, c’est, je crois, y répondre.

    L’entreprise n’est pas un camp de rééducation

    En tant que patron, je n’ai jamais été fan des initiatives prises par les entreprises pour « améliorer » la vie de leurs collaborateurs. Non pas parce que je suis quelqu’un de tyrannique. J’estime simplement qu’une entreprise doit d’abord se préoccuper des moyens d’améliorer les performances de chacun, au bénéfice de tous. A la rigueur, pourquoi pas travailler au bien-être des salariés stressés, à coups d’inoffensives séances de yoga ? Mais dès lors qu’on touche à leurs comportements, à leur façon de penser, je dis : danger. Avec la montée en puissance des discours soi-disant responsables, on prend le risque d’introduire des germes de discorde et de division dans un environnement qui n’en manque déjà pas.

    Sans compter qu’il y a derrière tout cela une bonne dose de business. Pas plus que le monde merveilleux de Disney, le monde de nos curés woke n’est exempt de considérations financières. Les prêcheurs de bonne parole n’en sont pas moins des businessmen, et, soyons égalitaires, des businesswomen avisés. Robin DiAngelo est l’un des astres les plus fameux de la galaxie woke. Elle s’est rendue célèbre en publiant en 2018 l’une des Bibles (le mot n’est pas de trop) du mouvement : White Fragility: Why It's So Hard for White People to Talk About Racism. Depuis, les entreprises s’arrachent ses interventions, qu’elle facture 160 dollars par personne. C’est elle qui se trouve derrière la fameuse formation LinkedIn « conseillée » par Coca-Cola. Nul doute qu’elle en tire des revenus conséquents, en plus des ventes colossales de son livre. En tant qu’entrepreneur, j’ai envie de dire : bien joué, camarade. En tant qu’individu libre soucieux du libre épanouissement de mes semblables, je lui dis avec la plus grande sympathie : laisse les salariés tranquilles, Robin ! Ils n’ont pas besoin de penser juste, c’est-à-dire de penser comme toi, pour faire correctement leur travail.

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