Vitaly Malkin
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Courage !

    Photo by Ivan Diaz

    Photo by Ivan Diaz

    Le courage, cette vieille vertu classique est une oubliée de notre psychologie actuelle. Surtout, elle est souvent mal comprise, et assimilée à des actes héroïques exceptionnels. Mais existe-t-il un courage plus simple ? Plus personnel et quotidien ?

    Nous sommes tous éprouvés par la pandémie actuelle de la Covid. Nous avons tous le sentiment qu’elle n’en finit pas. La vie avec nos amis, les cafés et restaurants deviennent presque de lointains souvenirs. Tous les jours nous nous posons cette question : quand cela va-t-il s’arrêter ? Est-ce que cela va même s’arrêter un jour ? Tout cela nous fait perdre l’horizon d’un futur désirable et altère notre capacité à faire face à l’adversité.

    Ces questions, bien sûr, sont pour l’heure sans réponses, et je serai bien présomptueux de m’avancer sur ce sujet ! Il reste que si nous pensons à l’après de cette pandémie, nous ne pouvons pas non plus éluder le présent. Or, dans ces circonstances, nous devons faire preuve de courage.

    C’est une vieille notion, que nous ne côtoyons plus beaucoup, parce qu’elle est essentiellement assimilée à la guerre, aux circonstances exceptionnelles. Dans les temps anciens, où la mort était partout, le courage permettait de faire face aux drames et à la souffrance.

    L’empereur Marc-Aurèle par exemple, dans ses Pensées pour moi-même, écrit, au sujet des épreuves qu’il rencontrait: « Non seulement l’accident qui m’est survenu n’est point un malheur ; mais de plus, c’est un bonheur véritable, si je sais le supporter avec un généreux courage. » Pour l’empereur-philosophe, les souffrances auxquelles nous devons nécessairement faire face dans notre vie ne sont pas nécessairement une chose horrible ! Elles peuvent être une manière de nous connaître nous-mêmes, de nous améliorer nous-mêmes. Comment les épreuves peuvent-elles nous améliorer alors même que nous éprouvons en même temps plus que tout le désir d’un « retour à la normale » ?

    Tenir le cap

    En effet, nous sommes ainsi nombreux à éprouver le désir de protéger sa famille, ses enfants, des conséquences, à plus ou moins long terme, de l'épreuve que nous traversons aujourd'hui. La seule chose que je puisse dire, et que j’ai éprouvée dans ma vie d’homme d’affaires, est que, lorsque l’on fait face à une véritable adversité, nous sommes d’abord perdus et désorientés.

    Mais cet état où nous sommes comme « sonnés » ne doit pas s’éterniser. Au contraire, on peut trouver en soi, la voix qui nous dit à nous-mêmes : « Il faut tenir la barre. Il y a du remous et de la tempête, mais il y a toujours une fin aux tempêtes. » Se dire cela ne change rien à la situation concrète : la tempête est là et bien là ! Et pourtant, cela change tout à la manière dont nous percevons cette tempête.

    Il faut « Se rendre ferme comme le roc que les vagues ne cessent de battre », nous dit encore Marc-Aurèle. Si l’on regarde de près ce que nous dit le philosophe, on remarque que sa prescription a quelque chose d’impossible. Il nous invite à « nous rendre » d’une nature différente de celle qui est la nôtre. Comme si ma composition physique dépendait de la volonté !

    Mais l’argument de Marc-Aurèle est subtil. Certes, l’homme ne peut pas modifier la nature et le monde qui l’entoure. Par contre, tout ce qu’il observe, à l’inverse, dépend intégralement de lui. L’homme n’est donc pas le créateur du monde : celui-ci ne lui appartient pas, et la petitesse de notre condition ne nous permet pas d’avoir de prise sur lui. En revanche, l’homme est parfaitement souverain dans le domaine de l’esprit, dans le domaine de son monde. Tout ce qui se passe dans son esprit dépend de lui. En conséquence, si l’homme n’a certes aucune prise sur le monde, il a en revanche une prise intégrale et absolue sur son monde intérieur.

    Trouver la force en soi-même

    Faire preuve de courage, c’est donc trouver la force, en soi-même, dans le plus profond de l’intériorité, de faire face à ce qui nous arrive. Nous pensons le plus souvent que nous en sommes incapables lorsque nous percevons une difficulté qui nous apparaît insurmontable. Mais, dans un second temps, si nous en faisons l’effort, nous pouvons trouver dans notre esprit une force insoupçonnée, que parfois nous n’avions pas même cru possible. C’est ce que je voudrais vous dire en ces temps difficiles. Ma suggestion est, je le sais bien, elle-même difficile à entendre.

    Mais je peux témoigner que moi-même, à plusieurs reprises dans ma vie, je me suis senti incapable d’affronter une épreuve, pour, finalement, y parvenir, contre les pronostics que j’avais établis moi-même. Lors de la crise des subprimes de 2008, les affaires ont été très mauvaises pour mes activités. Je me suis retrouvé sous une énorme pression financière, ce qui m'a mis dans les pires difficultés qu’un entrepreneur puisse connaître. J’ai cru un moment que tout ce que j’avais réussi à faire depuis presque vingt ans serait réduit à néant en quelques mois. Pourtant, je me souviens de ces sentiments contradictoires en lutte dans mon esprit à cette période : d’un côté, une forme de désespoir qui me disait, « Tout est fichu, on ne s’en remettra pas ». Et, de l’autre, une voix intérieure qui me disait « Tiens bon, la tempête est dure, mais tu peux le faire ».

    C’est pourquoi je vous souhaite à tous, si vous avez ce sentiment de lassitude et de fatigue extrême en cette période, de trouver ce courage, celui que vous avez en vous. Je crois que le meilleur moyen de trouver et de garder le courage est de penser à ce pour quoi l’on se bat, comme le marin voit le phare dans la nuit. Lorsque l’on refuse de se laisser abattre, je pense que nous ne le faisons rarement que pour nous-mêmes. Si nous avons une famille, des ambitions, des valeurs que nous aimons, c’est peut-être cela qui peut nous sauver de l’indifférence.

    Bien souvent, dans les moments de doute, je pense au visage de mes enfants que j’aime tant. Cette simple pensée suffit bien souvent à redonner le courage. Le courage, ce n’est donc pas seulement de l’héroïsme. Le courage le plus répandu, quotidien, lui, nous enjoint simplement à trouver en nous la force dont nous croyons ne pas disposer.

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