Vitaly Malkin
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En défense de l’égoïsme altruiste

    Tout homme a plusieurs casquettes. Dans ma vie, j’ai été ingénieur, physicien, banquier, homme politique. A présent je réfléchis, je passe du bon temps, j’agis là où me portent mes goûts et mes envies. Parmi toutes les activités auxquelles j’ai choisi de me consacrer, la philanthropie est celle dont je suis le plus fier. Avec la Fondation Espoir, je participe à la lutte contre les mutilations génitales. En plus de ça, j’aide des jeunes de talent à s’accomplir dans la danse, la musique classique ou encore les échecs. 

    J’en ai très peu parlé sur ce blog, mais si je le fais aujourd’hui, c’est parce qu’on me pose souvent cette question : comment toi qui professes les vertus de l’égoïsme, toi qui penses que l’homme doit cultiver son bonheur privé, que l’humanité se porterait mieux si chacun s’occupait de ses affaires, comment peux-tu venir en aide aux autres ? N’y a-t-il pas une contradiction entre tes actes et les idées que tu professes ?

    D’abord je répondrais que l’homme est un être de contradictions. Parmi toutes les casquettes qu’il porte, il arrive que certaines dénotent dans sa garde-robe.

    Réponse facile, me direz-vous. Alors poussons un peu plus loin l’analyse.

    La philanthropie n’est pas la charité

    Parmi les femmes que j’admire le plus au monde, il y a l’écrivaine et philosophe Ayn Rand. Cette exilée russe devenue Américaine a fait scandale par sa défense de l’égoïsme rationnel. Dans ses écrits, Rand condamne fermement ce qu’elle appelle « l’altruisme éthique », à savoir l’idée qu’on devrait aider les moins bien lotis en vertu d’un impératif moral. Ceux qui se targuent d’être des amis du genre humain agissent souvent au nom de grandes valeurs comme l’amour, la compassion ou le pardon, mais jamais aucune de ces valeurs ne remplacera ce qui compte le plus pour Ayn Rand : la compétence et le talent. D’après elle, on peut tout à fait accorder son soutien à autrui, mais il faut le faire de façon rationnelle, en mesurant l’intérêt que tout le monde y trouve, et en se demandant si la personne en face mérite ou non d’être aidée. Tout est question de choix et de circonstances.

    Il est essentiel, à ce titre, de faire la différence entre charité et philanthropie. Dans le premier cas, il s’agit d’exercer une vertu, la plupart du temps une vertu religieuse. Le pauvre prêtre qui s’est fait assassiner cet été par le migrant qu’il hébergeait était dans cette posture de charité chrétienne. J’estime qu’accorder son soutien à tous les hommes indistinctement, sans rien attendre d’eux en retour est une attitude irréaliste, basée sur une vision angélique de la société. Celui qui agit par charité pense que la force de son amour pourra réparer l’humanité, que le don sans retour suffit à aider son frère dans le besoin, et qu’en plus, en agissant ainsi, il sera aimé de Dieu, il gagnera sa place dans l’au-delà. Bref, c’est un inconscient qui se rêve à l’image d’un saint.

    Emanciper plutôt qu’assister 

    Ma façon d’agir est plus modeste et, je le crois, plus réaliste. J’aide celles et ceux que j’ai choisi d’aider, en fonction de ma conception de la société, et je ne le fais jamais sans un minimum d’investissement de leur part. En d’autres termes, je ne fais pas d’assistanat. Je donne aux gens les moyens de s’émanciper, de devenir meilleurs et de progresser par eux-mêmes.

    La raison principale qui m’a poussé à m’investir contre les mutations génitales, c’est le fait qu’elles privent certaines femmes de leur liberté sexuelle, donc d’une source de plaisir, donc de connaissance de soi. Une chose qui compte beaucoup à mes yeux. 

    L’association que j’ai contribué à créer ne met pas tant l’accent sur l’aspect médical que sur la prévention, la reconversion des circonciseurs traditionnels, en gros, tout ce qui permet de changer les choses en amont. L’objectif, c’est qu’une société sans excision émerge de la prise de conscience des habitants des régions concernées, et non d’un impératif moral imposé de l’extérieur. Ma conviction, c’est qu’aucun changement n’est durable si les premiers concernés ne se prennent pas eux-mêmes en charge.

    Agir comme un entrepreneur

    Question de culture et de conviction, j’agis dans le cadre de mes activités philanthropiques comme un entrepreneur. Quand je décide d’aider un artiste ou un champion en herbe, c’est parce que je décèle en lui un potentiel, un talent. Mais jamais je n’accorde une bourse à quelqu’un de prometteur en lui disant : vas-y, éclate-toi, fais ce que tu aimes ! Récemment, j’ai financé une jeune entrepreneuse russe de dix-huit ans qui souhaitait ouvrir une boulangerie 2.0. Je l’ai fait parce qu’elle avait une ambition, une volonté, un projet précis et bien ficelé.

    En retour, je n’ai exigé ni parts, ni bénéfices. Quand je soutiens une démarche individuelle, le retour sur investissement est purement symbolique : il consiste à voir la société s’enrichir d’initiatives portées par des personnes de talent. Et ma foi, cela procure toujours une certaine satisfaction. Les lecteurs avertis reconnaîtront dans cette petite musique la pensée d’un Mandeville. Ce philosophe inspirateur du libéralisme concevait la bonne société comme un marché où le bonheur commun serait atteint par le libre exercice des intérêts égoïstes, l’intérêt pouvant aussi résider dans la satisfaction égoïste du donateur heureux.

    Je vous vois venir : et la cohérence dans tout ça ? L’intervention d’un philanthrope ou d’un mécène n’est-elle pas de nature à fausser le marché ? Soit. La défense de la volonté individuelle et l’éloge du self-made man font partie de mon credo, mais je reconnais volontiers qu’un homme ne se construit jamais entièrement seul. Il peut y avoir des mentors, des rencontres, des coups de pouce sans lesquels rien n’arrive. Hé bien, si je peux donner un coup de pouce à des individus qui font preuve d’envie et de volonté, j’estime m’inscrire dans l’ordre du monde auquel je crois.

    Des idées égoïstes peuvent aussi aider les autres

    Pour conclure, je ferai un parallèle avec ce que j’appellerais pompeusement mon « activité intellectuelle ». Depuis plusieurs années, je consacre une partie de mon temps à réfléchir à ce qui fait le malheur des hommes. Je m’intéresse à la religion, aux idéologies qui s’attaquent à la liberté, à tout ce qui peut appauvrir la vie des hommes en leur imposant des interdits. Les heures que j’y consacre, le plaisir de la découverte, les idées nouvelles que j’en tire : tout cela pourrait suffire à mon bonheur. Ce travail fait de moi un être humain plus accompli.

    Il se trouve que ces textes, je les mets aussi à la disposition de ceux qui voudront bien les lire. Je le fais avec l’espoir modeste que certains y trouveront des pistes, une étincelle, l’envie de changer quelque chose dans leur vie. Mais l’énergie, la volonté pour y parvenir, ce n’est pas moi qui les fournirai à leur place. 

    Encore une fois, je n’impose rien. Je ne force à rien. Je tends des perches. A chacun de s’en saisir s’il en éprouve l’envie ou le besoin.

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