Vitaly Malkin
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Enseigner l’arabe n’est pas enseigner l’islam

    © Thierry Thorel /CIT' IMAGES

    © Thierry Thorel /CIT' IMAGES

    Faut-il encourager l’enseignement de la langue arabe à l'école ? Dans un pays comme la France, de nombreuses voix se sont  élevées pour y voir le “meilleur moyen d'islamiser le pays”. C’est une erreur. S’en prendre aujourd’hui à l’enseignement de l’arabe à l’école serait, à mon sens, une hérésie. Cette langue, pour de nombreux jeunes Français, est d’abord celle de leurs racines, de leurs ancêtres et de leur famille. Faudrait-il l’abandonner aux islamistes ? 

    Ce serait tout confondre. Dans nos sociétés prétendument sécularisées, nous voyons la religion partout, les religions sont omniprésentes et envahissantes - un phénomène que je décris dans La Marche à rebours, mon récent pamphlet sur la crise de la laïcité. Voilà qui nous conduit à confondre l'influence de la langue arabe et celle de l’islamisme. Et, encore une fois, à se tromper de cible. 

    Comme souvent, devant l’émotion suscitée par des événements inqualifiables, la classe politique se précipite pour “hausser le ton”. Depuis trente ans, elle s’est trop souvent égarée dans les débats sur la voile, puis sur la burka, et aujourd’hui sur le port du voile lors des sorties scolaires. Ce sont des débats secondaires utilisés par les islamistes pour victimiser tous les musulmans, créer la confusion et étendre leur influence. C’est ce qu’il s’est passé avec le voile ; le président français de l'Observatoire de la laïcité nous met en garde contre le caractère dangereux et stigmatisant de la polémique qui prend forme sur le voile lors des sorties scolaires. Est-ce que ce débat est tellement important ? Quelles seront ses conséquences ? Est-ce aujourd’hui un combat prioritaire pour la laïcité ? Je ne le crois pas. 

    Faux débat

    Eh bien il en va de même pour l’enseignement de l’arabe à l’école ! C’est une méprise qui stigmatise la laïcité. Celle-ci doit se concentrer sur les vrais combats et surtout ne jamais s’égarer. Il est évident qu’il y a une bataille idéologique au sein de l’islam, ne faisons plus le jeu des islamistes. Mais revenons d’abord et avant tout à une conception exemplaire de la laïcité, à une laïcité de combat -il le faut- mais qui commence par mettre à bonne distance toutes les religions, sans exception. Les ambiguïtés de la décennie passée sur la laïcité, les “deux poids deux mesures” entre les religions monothéistes, même purement affectifs, affaiblissent la laïcité. Ne laissons pas se creuser par le truchement des religions “l’écart civilisationnel” qui fera le jeu des éléments radicaux. 

    C’est exactement la même chose qui se passe avec la langue arabe : priver les populations d’accéder à la langue de leurs origines, c’est une erreur qui stigmatise, qui mélange les genres, c’est un contresens qui ne résout rien. A terme, les interdits artificiels font presque toujours le lit des séparatismes. Ils installent même, de fait, un multiculturalisme “souterrain” au cœur de sociétés qui se veulent universalistes.

    Ne pas se tromper d’objectif

    Je suis un peu suspect d’encourager le communautarisme islamique ou le séparatisme. Mais la lutte contre le communautarisme, ce n’est pas ça. Interdire, pénaliser l’enseignement de la langue arabe, c’est refuser brutalement à cette jeunesse l’accès à sa culture et à ses origines, et ouvrir la voie à tous les ressentiments. C’est aussi, mécaniquement, les pousser à s’immerger toujours davantage dans leur culture d’origine, par opposition à leurs parents, immigrés de première génération, et à l’ordre établi. 

    D’ores et déjà, l’enseignement de l’arabe à l’école est atone, les chiffres le prouvent dans un pays comme la France. Ils ne donnent pas l’impression d’une lame de fond ! A l’inverse, plus de 60 000 jeunes aujourd’hui apprennent l’arabe “dans des associations qui leur proposent souvent le pire et sont manipulées”, selon les mots du président de la République, le 2 octobre.  

    Relancer un enseignement atone

    Si l’on supprime ou réduit ces cours, l’alternative pour ces jeunes est donc connue. Ils iront apprendre l'arabe dans des associations islamistes. “Les cours d'arabe dans les mosquées sont devenus pour les islamistes le meilleur moyen d'attirer des jeunes”, prévenait dès 2018 un rapport de l'Institut Montaigne intitulé La fabrique de l'islamisme. C’est d’ores et déjà un des principaux leviers pour la propagande islamiste. C’est là qu’infusent les positions séparatistes les plus dures, les plus hors de contrôle. 

    Valoriser les cultures arabes

    Mais l’enseignement de l’arabe ne doit pas seulement se faire pour des raisons “défensives”.

    J’insiste, le combat pour la laïcité n’est pas un combat contre la culture arabe ! Bien au contraire ! Découvrir la culture arabe, les civilisations arabes, c’est justement éviter de réduire cette vaste culture à sa dimension religieuse. Rappeler sans cesse sa richesse et sa diversité, son histoire complexe et tumultueuse. Et des relations intimes d’échange et d’apports avec les civilisations occidentales. Peut-on se priver d’enseigner cette histoire aux jeunes gens d’origine arabe ? Sortir de l'obsession religieuse, encore et toujours.

    D’autres pays, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne, semblent l’avoir compris et tentent de développer sans complexe l’enseignement de l’arabe.

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