Vitaly Malkin
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Kaboul, année zéro

    En cette fin d’été marquée par le chaos et les flammes, comment rester insensible aux images qui nous viennent de Kaboul ? Devant ces corps tombant des avions qui fuient l’aéroport encerclé par les talibans. Devant ces femmes bientôt réduites en esclavage. Ces images nous rappellent à quel point l’islam, pris dans sa déplorable littéralité, est une religion oppressive, obscurantiste, ennemie du bonheur et du genre humain.  

    Car avec le retour au pouvoir des talibans en Afghanistan, c’est l’islamisme (soit l’islam dans toute sa pureté doctrinale) qui retrouve un pays d’attache, un sanctuaire potentiel pour de futures exactions, le fil d’un récit victorieux. L’islam le plus caricatural et en même temps le plus fidèle au dogme, celui qui enferme les femmes dans des prisons textiles, qui interdit la musique et les autres plaisirs de la vie, qui impose aux hommes de se laisser pousser la barbe par fidélité à des préceptes vieux de treize siècles.  

    Devant un tel constat, les premiers mots qui me viennent à l’esprit sont : tout ça pour ça. L’impression qui se dégage à chaud du désastre afghan, c’est celle d’un retour à la case départ. Le sentiment de vivre la fin d’un cycle. Celui ouvert il y a vingt ans par l’invasion du « pays des Pachtounes », conséquence directe des attentats du 11 septembre. Parmi les forces coalisées sous la bannière américaine, le désir de vengeance le disputait à des motivations de long terme. Motivations économiques, bien sûr, mais aussi politiques : chez les néoconservateurs à l’origine de cette guerre, il y avait l’ambition, probablement sincère, de remodeler le Moyen-Orient en y plantant les graines de la démocratie. 

    Échec de la démocratisation par les armes 

    Vingt ans après, l'échec est sans appel. Ni les milliers de bombes déversées, ni les sommes colossales englouties pour soutenir des régimes fantoches n’ont permis d’atteindre cet objectif pourtant louable. Partout l’occupation n’a fait que renforcer le nationalisme, souvent confondu avec la fierté religieuse (le sentiment d’appartenir à l’oumma agressée). Partout la corruption générée par les dollars américains a donné des arguments aux défenseurs d’un islam rigoriste, porteur de fausses promesses d’égalité. Les notions de démocratie et de libéralisme n’ont presque pas avancé en vingt ans, sinon auprès d’élites urbaines aujourd’hui isolées, et qui étaient déjà acquises au monde de vie occidental. Ces notions ont, au contraire, reculé au profit des valeurs, des mouvances, des régimes les plus rétrogrades. 

    Du chaos syro-irakien a surgi l’État Islamique, entité monstrueuse qui a généré une vague d’attentats sans précédent au cœur des capitales européennes. Ce danger écarté (mais pour combien de temps ?), c’est l’Iran, premier pays à avoir mis l’islam au pouvoir, qui sort vainqueur de la longue séquence militaire initiée par l’ennemi américain. L’Iran qui partout pousse les pions de sa théocratie. Et voici que les talibans font leur retour à Kaboul. Terrible conclusion : l’effort prométhéen consenti par les Occidentaux pour « normaliser » la région selon leurs critères n’a fait que renforcer la mainmise des islamistes. 

    Ce qui avait fonctionné avec l’Allemagne et le Japon après 1945 a échoué au Moyen-Orient. Au-delà des erreurs commises par l’occupant, on peut s’interroger, rétrospectivement, sur la viabilité d’un tel projet. Certains évoquent les particularités de l’Afghanistan, pays « tribal et archaïque », réfractaire par essence à toute tentative de greffe des valeurs humanistes. J’irai plus loin en interrogeant le poids de la religion, et donc le poids de l’islam, dans ce qui s’est révélé être une mission impossible. 

    L'enracinement de l’islam, frein à l’émancipation

    Certes, il existe au Moyen-Orient des centaines de milliers de personnes qui jugent stupide et dépassé le mélange des genres entre politique et religion. Certes, des militants courageux sont morts pour faire advenir une société ouverte, notamment en Syrie. Mais force est de constater qu’ils n’arrivent pas à s’imposer sur la durée. Dans les classes populaires, les esprits restent  gangrénés par l’enseignement des oulémas. Et même en admettant que les partisans d’une lecture littérale de l’islam bénéficient d’un soutien modéré, davantage lié à la crainte de représailles qu’à une adhésion sincère, ils finissent toujours par l’emporter. Parce que ce sont les plus efficaces, les plus violents, les plus déterminés. Car comme j’ai tenté de le démontrer dans un texte dédié à la critique du monothéisme, les islamistes sont des individus rationnels, qui entendent donner à leur dieu la place qui lui est dû dans leur système de pensée, à mille lieues des « fous d’Allah » qu’on se figure parfois pour éviter de les prendre au sérieux.

    J’aimerais sincèrement croire que les habitants du Moyen-Orient ne sont pas condamnés à vivre sous la menace, sinon sous la férule de ces énergumènes. J’aimerais croire qu’il existe pour eux une autre alternative que celle qui consiste à choisir entre les militaires et les islamistes, d’autant qu’ils ont souvent droit aux deux pour le prix d’un. Mais à l’heure où l’Afghanistan offre à nouveau un spectacle désolant, difficile d’imaginer une issue optimiste dans un avenir immédiat, pour ce pays comme pour ses proches voisins. La « mission civilisatrice » de l’OTAN pour transformer la région s’est peut-être achevée cet été à Kaboul, mais la lutte contre les méfaits de l’islam politique, elle, est partie pour durer. Le mal est profond, et il faudra du temps pour l’éradiquer.  

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