Vitaly Malkin
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La culture de l’excuse, nouvelle arme d’asservissement ?

    Aujourd’hui, les mots « d’excuse » et « d’humilité » sont partout et utilisés à tort et à travers. Pour ma part, je les ai toujours trouvés ennuyeux, et ils sont à mes yeux le cache-sexe d’une réussite ou d’une supériorité qui ne s’assument pas.

    Il est de bon ton aujourd’hui de dire que ce n’est pas grâce à ses propres talents que l’on parvient à faire quelque chose de bien ou de bon, mais uniquement grâce aux « circonstances » ou aux éléments extérieurs à nous. À la vérité, toute cette « humilité » me semble largement être une posture. Mais ce ne serait pas une chose grave si cet accent toujours mis sur « les circonstances extérieures » se réduisait seulement à l’humilité.

    C’est toute la logique à l’œuvre dans la « culture de l’excuse » dans le droit pénal, qui me semble reposer sur une logique analogue : on nie la responsabilité personnelle dans les actes et on hypertrophie le rôle de l’environnement. On va ainsi construire des individus irresponsables « parce qu’ils ont été pauvres, battus, malmenés » et que sais-je encore durant leur enfance. Ainsi, le sociologue français Geoffroy de Lagasnerie affirme très sérieusement : « L'une des grandeurs du droit est, au contraire, de créer des irresponsables. » Imaginez-vous cela ? Je pense pour ma part que cette logique est une dangereuse négation de l’homme dans ce qu’il a de plus profond : un être conscient et responsable de ses actes. Quel serait le sens de votre action si vous n’étiez que le produit de ce qui vous constitue « sociologiquement », indépendamment de votre libre arbitre ? De votre individualité ?

    Assumer ses torts comme ses réussites

    Cette pensée est dévastatrice pour la société. Faisons une petite expérience de pensée. Rappelez-vous deux circonstances de votre vie : l’une où vous avez ressenti de la fierté (pour une bonne action, la réussite à une compétition), et une autre où vous avez ressenti de la honte (pour une action basse, pour un échec). Ces situations ne sont-elles pas pour vous, d’une certaine manière, des moments clés de votre vie ? Ne représentent-elles pas des moments par lesquels vous avez ressenti profondément le sens de votre existence ?

    Imaginez-vous maintenant que, comme dans un match de football amateur, un arbitre intervienne dans cette situation pour « contextualiser ». Dans la situation de honte, peut-être serez-vous soulagés d’entendre : « Attendez, ce n’est pas de sa faute s’il a été méchant ou s’il a échoué, c’est en raison du contexte ». Mais faites cette même expérience de pensée avec la situation de fierté : « Attendez, il ne doit pas sa réussite à ses qualités ou à son talent, il faut qu’il arrête tout de suite d’être fier de ce qu’il a fait. » Quelle sera votre réaction ? Vous protesterez, bien entendu !

    Or, dans les deux cas, ce sont des moments où vous faites l’expérience de ce qu’est vivre. La vie réelle n’est pas un jeu, et ses grands moments clés ne peuvent pas être arbitrés par une autorité extérieure. C’est donc la raison pour laquelle je me méfie des excès d’humilité comme je me méfie de la culture de l’excuse qui nous rend irresponsables devant tous nos actes.

    Un rituel trop convenu

    C’est exactement le sentiment que j’ai eu l’autre jour, lorsque j’ai vu Anthony Hopkins réagir à la réception de son Oscar du meilleur acteur pour son rôle dans le film The Father du réalisateur français Florian Zeller. Honneur suprême pour un comédien de l’industrie du cinéma. Or il se trouve que Hopkins a obtenu cette récompense au détriment de Chadwick Boseman, décédé d’un cancer en 2020, lui aussi nominé pour l’Oscar du meilleur acteur (qu’il aurait donc obtenu à titre posthume). Dans le message qu’il a publié en réaction Hopkins a rendu un hommage particulier à Chadwick Boseman. Dans un premier temps, je me suis dit « Un beau geste ! ». Puis, à la réflexion, m’est venue cette pensée que je vous livre : « N’y a-t-il pas justement un jeu d’acteur (encore un !) dans cette posture d’Anthony Hopkins ? N’est-ce pas au fond une pure convention que de faire référence à celui qui n’a pas été récompensé en faisant semblant que la récompense lui était destinée ? ». Un peu à la manière de Jean-Paul Sartre qui refusa le prix Nobel de littérature en 1964…

    Voilà qui me semble en définitive une posture falsifiée. C’est pourquoi, je suis aujourd’hui convaincu qu’il faut vivre pleinement comme siens ses échecs comme ses réussites. Si nous nous défaussons en permanence sur les « circonstances » aucun de nos actes ne sera authentiquement le nôtre. Si à l’inverse nous nous les approprions, nous plaçons toutes les chances de notre côté pour comprendre la cause de ces échecs et le sens de nos réussites. Gageons que nous ayons le courage de toujours réfléchir de la sorte, pour assumer pleinement qui nous sommes.

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