Vitaly Malkin
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Voltaire, le courage et l'esprit libre

    Lutter contre les superstitions en tous genres, contre les oppressions liées aux dogmes et aux croyances diverses : voilà qui vous fait penser à notre époque ? Bien vu. Mais si ce combat a bien un champion historique, c’est bien sûr Voltaire.

    Dans le combat pour la liberté de pensée et de parole, s’il est bien un philosophe qui tient une place à part, c’est Voltaire. Peut-être me direz-vous, « Voltaire ! vous n’avez rien de plus original à nous proposer ? ». Je suis d’accord, c’est un classique avec lequel on vous a sûrement rebattu les oreilles des milliers de fois. On entend ainsi toujours répété comme une invocation « Je ne suis pas d’accord avec vous mais je me battrai pour que vous puissiez le dire », alors même que cette phrase est de la plume d’une commentatrice anglaise. Mais sa pensée grandiose ne se réduit pas à quelques petites phrases, c’est un philosophe qui a été pleinement engagé dans les combats de son temps. Mais quels étaient les combats menés par François-Marie Arouet, dit Voltaire ?

    Contre les fanatiques en tous genres

    Je résumerais pour ma part la lutte de Voltaire en une formule : une lutte contre le fanatisme. Dans son Dictionnaire philosophique, à l’entrée Fanatique, il écrit : « Le fanatisme est à la superstition ce que le transport est à la fièvre, ce que la rage est à la colère. Celui qui a des extases, des visions, qui prend des songes pour des réalités, et ses imaginations pour des prophéties, est un enthousiaste ; celui qui soutient sa folie par le meurtre, est un fanatique ». Voilà une distinction dont nous avons besoin de nous remémorer la justesse ! On peut bien croire à des chimères, on peut bien se mentir à soi-même avec diverses illusions, elles restent indolores pour la société tant qu’elles ne s’expriment que dans un cadre qui n’excède pas votre vie personnelle. Prenez-vous pour Gengis Khan si cela vous fait plaisir, dites à vos amis que vous régnez sur les hordes des cavaliers mongols, vous passerez sûrement pour un idiot, mais on ne peut pas vous l’interdire. Par contre, si, juché sur votre cheval, vous commencez à décocher des flèches sur les passants que vous estimez être les ennemis de votre horde, j’espère que la police vous arrêtera bien vite !

    Mais ce qu’écrit Voltaire prend une autre ampleur encore lorsque l’on connait son combat dans l’affaire du Chevalier de la Barre. Pour rappel des faits : en 1766, un certain Jean-François Lefebvre de la Barre est condamné à mort pour avoir profané un crucifix (qui plus est sur la base de vagues rumeurs) et exécuté. Voltaire prendra fait et cause, malheureusement après la mort de ce pauvre homme, contre l’oppression religieuse. C’est en ce sens la position de Voltaire vis-à-vis des divers dogmes : vous pouvez bien croire à ce que vous voulez, même aux conceptions les plus folkloriques, tant que vous n’oppressez pas votre voisin, libre à vous ! Le monde est plein de ces superstitions en tous genres (vous savez que la lutte contre les chimères est le premier de mes combats), mais il appartient aux esprits libres de veiller à ce qu’elles restent à leur juste place. En raison de ses engagements, il connaîtra l’emprisonnement à la Bastille et l’exil en Angleterre.

    « Écrasons l’infâme »

    Voltaire fit donc de ce combat contre le fanatisme celui de sa vie. Il le synthétise dans une formule qui me plait beaucoup : « écrasons l’infâme », c’est-à-dire, nous, hommes de raison et de mesure, ne laissons aucun répit à la superstition oppressante. En ce sens Voltaire n’est en rien à ranger sur les étagères poussiéreuses : il est d’une parfaite actualité. Comment ne pas être frappé par le retour du fanatisme ? La défense, bec et ongle, de la raison et du dialogue est plus que jamais actuelle. De ce point de vue, la vie de Voltaire rappelle que les nobles causes (les vraies, celles qui permettent aux individus de vivre librement !) ne sont jamais gagnées une fois pour toutes, elles sont bien au contraire une lutte perpétuelle.

    L’enseignement de Voltaire s’illustre donc d’une part par le caractère extraordinaire de la force de son engagement, à une époque où l’écrivain engagé s’exposait à des risques autrement plus élevés que celui qui tweet des inepties « woke » derrière un compte anonyme. D’autre part, il nous rappelle que la raison, la mesure et la tempérance ne sont pas simplement des vertus estimables, elles doivent elle-même, ne serait-ce que pour exister, savoir montrer les dents face aux chimères. Il nous appartient d’être à la hauteur de cet héritage.

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