Vitaly Malkin
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Relire Thomas Sowell, auteur de référence face au "politiquement correct"

    Hoover Institution

    Hoover Institution

    En déconstruisant une vision du monde bâtie sur l’opposition entre “the Anointed” - les élus, les appelés - et les “ignares”, l’ouvrage de Thomas Sowell et sa critique des élites de gauche est plus que jamais d’actualité, à l’heure du snobisme woke et de la cancel culture. Son dynamitage critique de nombreuses évidences “progressistes” constitue, encore aujourd’hui, un puissant levier contre le politiquement correct.

    The Vision of the Anointed (1995) est un livre marquant de l'économiste et chroniqueur politique Thomas Sowell qui présente les “oints” - disons les “élus”- comme les promoteurs d'une vision progressiste du monde concoctée à partir de leur imagination, qui se révèle rétive voire imperméable à toute considération du monde réel. Alors que les activistes d’extrême gauche se décrivent aujourd’hui comme “woke”, “éveillés”, “conscients”, des qualificatifs flatteurs, l'ouvrage de Sowell leur répond indirectement et met à jour les impensés de leur vision du monde, basée sur un “égalitarisme cosmique” - l’expression est de Sowell.

    Pour l’auteur, “la vision des élus” représente de fait la vision dominante parmi les élites et a tendance à se fermer dès que la réalité lui présente un reflet discordant. Une sorte d’éthique de conviction rétive au réel même si elle prétend le plus souvent partir de lui : pour les “élus”, il est tellement nécessaire de croire en une vision particulière que les preuves de l'inexactitude de leurs hypothèses sont ignorées, discréditées ou supprimées. 

    Dès lors, il s’agit surtout de convictions déguisées en hypothèses. Or les “oints” sont obsédés par la recherche de l'égalité (sexe, revenus) et la lutte contre le racisme (la discrimination est omniprésente dans leur discours). Les faits sont surtout mobilisés et déformés pour confirmer des opinions déjà tranchées. Les preuves empiriques ne sont ni recherchées au préalable ni consultées après l'instauration d'une politique. 

    Las… selon Sowell, ces penseurs, écrivains et activistes continuent d'être vénérés même lorsque des preuves viennent réfuter leurs positions. 

    Dans mon pamphlet Le Fantôme de la morale, je montre comment la culpabilité et la passion de l’égalité hantent les sociétés contemporaines et conditionnent nos façons de penser. La dénonciation obsessionnelle des inégalités apparaît comme une survivance des vieilles religions monothéistes - celles-ci continuant d’inspirer ou de guider nos conceptions morales et à considérer la réalité sous un angle punitif. 

    Culpabilisation de “la société”

    Culpabilisation… voici le grand levier du pouvoir des “élus”, à en croire Sowell. La première chose à faire pour les oints a été de renverser la situation de la société, qui doit se sentir coupable de ce dont elle se plaint. Par exemple, le fait de blâmer "un héritage d'esclavage" pour les taux élevés de grossesses non désirées chez les adolescentes noires, et l'abdication de la responsabilité des pères des enfants, remplit clairement cette fonction, selon Sowell, qui aurait porté un regard critique sur Black lives matter. 

    D’une façon générale, “la vision de l'oint” est une vision dans laquelle des maux tels que la pauvreté et le crime découlent principalement de la "société", plutôt que des choix et des comportements individuels. L’idée même de responsabilité personnelle conduirait à relativiser le rôle spécial des “oints” ; inversement, leur vision les place dans le rôle de sauveurs des personnes traitées injustement par la "société".

    “On dit souvent que les gens n'ont pas "accès" à divers emplois, établissements d'enseignement ou crédits, alors qu'en fait ils n'ont peut-être pas eu un comportement ou des performances qui leur auraient permis de répondre aux mêmes normes que les autres, détaille Sowell. (...) Une grande partie de ce verbiage implique l'idée que les règles ont été trafiquées pour ou contre un individu ou un groupe.”

    Obsession de l’inégalité

    L'inégalité est alors perçue comme étant causée par la discrimination et devant être effacée (et non comme faisant partie de différents processus et situations de vie). Les causes de certains maux sont souvent pensées en même temps que les solutions toutes prêtes pour y faire face... conduisant à des contresens cuisants.

    Sowell donne des exemples de ces échecs de politiques de l'histoire américaine comme la "guerre contre la pauvreté" des années 1960 (les taux de pauvreté qui avaient déjà diminué ont commencé à augmenter de façon spectaculaire après l'intervention), l'éducation sexuelle à la fin des années 1960, début des années 1970 (augmentation du nombre d'avortements et de grossesses chez les adolescentes), ou les nouveaux éléments de justice pénale des années 1960 qui ont tenté de limiter les sanctions en supposant qu'un criminel n'était qu'un bouc émissaire (les taux de criminalité et de meurtre ont alors grimpé en flèche pendant des décennies). 

    L’obsession de l’inégalité conduit à des approches erronées. Sowell analyse les salaires des hommes et des femmes ayant fait des études supérieures, en montrant comment les sphères de leur éducation et aussi les niveaux (BA, MA, PhD) sont importants pour les différents salaires mais ignorés dans les comparaisons statistiques. Là encore, les complexités des positions sociales des personnes sont ignorées et simplifiées (non seulement leur race ou leur sexe sont importants, mais aussi toute leur histoire personnelle, leur éducation, leur position, leur chance, etc.). 

    “Egalitarisme cosmique”

    Le vocabulaire des oints est rempli de mots qui reflètent leur rejet des compromis progressifs et leur plaidoyer pour des "solutions" catégoriques. Une approche quasi religieuse comparable à celle que j’évoque dans mon pamphlet le Fantôme de la morale

    Leur vision prophétique est abondamment décrite par Sowell. Pour faire passer leur message, ils ont leurs propres mots à la mode tels que "stigma", "accès", "progressif", "diversité", "crise". Leur utilisation remplit plusieurs fonctions : (1) prévenir les problèmes plutôt que d'en débattre, (2) placer les oints et les laissés-pour-compte sur des plans moraux et intellectuels différents, (3) éluder la question de la responsabilité personnelle. Ils sont toujours prêts à accuser les gens d'“avidité” (ne serait-ce que parce que ceux-ci refusent qu’on dilapide leur argent) et veulent toujours changer, “éduquer”, “réformer” et “éclairer”. 

    Tout cela suppose que les élites ont des super-pouvoirs et sont capables de résoudre les problèmes sociaux ; les autres humains n'ont qu'à prendre conscience de leurs limites pour être mis sur la bonne voie. On retrouve ici la condescendance propre à un certain discours progressiste. Et, toujours, les mêmes accents moralisants et punitifs.

    La meilleure façon de se débarrasser des problèmes est de les condamner ; toute personne ayant une vision différente est inférieure, manque d'intellect ou de moralité et doit être “supprimée” - Sowell annonce ainsi la “cancel culture” des années 2020. La réalité est perçue comme étant construite et peut donc être déconstruite à notre guise. En témoigne par exemple le durcissement de Black Lives Matter à partir de l’été 2020. “Cet été a été comme une rupture psychique avec le libéralisme de la vieille école, un moment où une grande partie de l'élite américaine a décidé de jeter à la poubelle les principes qui ont longtemps défini la vie démocratique américaine”, note l’éditorialiste Andrew Sullivan sur son blog. Pour lui, le noyau dur de Black lives matter incarne une vision tribale de l’antiracisme. Et “les libéraux, préoccupés seulement par la résilience de l'inégalité raciale, ont simplement décidé d'ignorer cette ambiguïté”. Une analyse qui fait directement écho à celles de Stowell. 

    Pour Sullivan, l’obsession antiraciste est désormais partout. Partout aux Etats-Unis, dans les écoles et les universités, qui “abandonnent les examens d'entrée afin d'instaurer l'équité raciale et d'abolir l'idée du mérite”.  Cette nouvelle pensée s’en prend directement à la méritocratie, qui est pourtant le fondement de nos sociétés démocratiques ! La propagande du nouveau militantisme antiraciste s’étend même au passé avec le projet 1619 du New York Times, qui vise à réécrire toute l’histoire américaine sous le prisme de l’esclavage, et que le NYT présente sans nuances comme un triomphe.

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