Vitaly Malkin
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Vacances, j’oublie (pas tout à fait) tout

    Photo by Ben White

    Photo by Ben White

    Vacances j'oublie tout / Plus rien à faire du tout. Le refrain de ce vieux tube des années 80 illustre ce que sont les vacances d’été dans ce pays, la France, où la vie semble s’arrêter pour deux mois à partir du 1er juillet. Un rituel hédoniste auquel je souscris pleinement. A quelques détails près.

    Pour ceux qui ne connaissent pas ce vieux tube aux accents funk, ou qui en ont oublié les paroles, la chanson continue ainsi  :

    Restaurants, boites de nuit, tout ce qu'on a envie

    On peut manger à minuit et se coucher à midi

    Plus de temps, plus d'horaires, les vacances c'est super.

    Les boîtes, les restaurants, la liberté de faire ce qu’il vous plaît à l’heure qui vous plaît : je dis oui à 100%. Mais « pas besoin de penser » ? Très peu pour moi. On peut déjà commencer par penser cette période estivale, particulièrement bienvenue après la séquence qu’on vient de traverser et qui, hélas n’est pas terminée pour tout le monde.

    Pas une coupure, un changement de rythme

    L’hédoniste que je suis n’oublie pas que ce terme renvoie à une conception philosophique de l’existence centrée sur la recherche du plaisir, quel qu’il soit. Ce plaisir, on peut aussi bien le trouver dans l’amitié que dans le sport, le sexe, les plaisirs de la table, la conversation ininterrompue avec les grands esprits de ce monde. Une vision pervertie de la notion d’hédonisme fait surgir des images de farniente sur la plage, d’avachissement et de débauche. Ces images régulièrement associées aux grandes vacances tendent à imposer l’idée d’une coupure estivale dénuée du moindre sens, d’une rupture avec le cours « normal » de l’existence. Une parenthèse pendant laquelle tout est permis. Loin de moi l’idée de vous juger si vous avez décidé de passer deux semaines à faire la sieste dans un hamac après vous être saoulé tous les soirs au pastis ! Les plaisirs sont multiples. Libre à chacun de trouver les siens où il veut.

    Mais êtes-vous bien sûr d’avoir identifié la source de vos plaisirs ? C’est que l’hédonisme réclame au moins un effort : celui de connaître précisément ses goûts, ce qui procure le plus de satisfaction à son corps et à son esprit. L’hédonisme, c’est une construction de soi, un programme pour la vie sur lequel les grandes coupures saisonnières n’ont, finalement, que peu d’effets. 

    Pour moi, l’été ne marque pas une coupure. Simplement un changement de rythme. J’ai la chance de pouvoir organiser mon temps comme je le souhaite, et de changer de domicile en fonction de mes envies. De fait, la notion de vacances a pour moi une réalité plus flottante que chez d’autres. Ces quelques semaines qui marquent un creux dans l’année civile, j’ai l’habitude de les passer dans ma maison de campagne, non loin de Moscou, puis en Crimée. Jamais éloigné des affaires qui m’occupent le reste du temps, je garde ligne ouverte pour mes interlocuteurs. Simplement, j’évite de me lancer dans des entreprises ambitieuses qui nécessitent un élan collectif : je sais que mes collaborateurs sont, pour la plupart, en pause cognitive, et c’est très bien comme ça !

    Je n’en oublie pas pour autant de réfléchir. Ces quelques semaines de calme relatif sont l’occasion pour moi de mettre en perspective les questions qui m’occupent tout au long de l’année. Le vrai repos à mes yeux, c’est celui qui vous remobilise.

    Relire Limonov

    En cela, les livres sont des stimulants indispensables. J’aime profiter de ces semaines où le rythme s’étire pour me lancer dans des marathons de lecture. Certains disent que le meilleur dans l’amour, ce sont les quelques minutes où on grimpe les escaliers. Ce moment où l’imagination tourne à plein. De même, l’un de mes grands plaisirs des vacances a lieu un peu avant : il consiste à choisir le, ou plutôt les livres que je glisserai dans ma valise.

    Cette année, mon choix n’est pas encore fait. Aux best seller imposés par l’industrie du livre, j’ai tendance à préférer les biographies, les essais d’analyse politique, ceux consacrés aux questions philosophiques qui me passionnent. Et puis il y a la littérature. Les classiques consacrés par le temps ou ceux, plus confidentiels, qui trônent dans mon panthéon personnel. Plus j’avance dans la vie, plus j’ai tendance à relire. Peut-être prendrai-je pour prétexte sa mort au printemps dernier pour relire l’un des chefs d’oeuvre de mon cher Edouard Limonov ?

    Limonov est un écrivain et poète dont les livres, à forte charge biographique, racontent ses pérégrinations dans la Russie brejnévienne, puis en France et en Amérique. De retour au pays natal, il a eu l’idée saugrenue mais très limonovienne d’entamer une carrière d’opposant politique. De lui, l’Occident retient l’image du leader turbulent au look à la Trotsky et aux idées improbables, croisement entre le bolchévisme et le nationalisme. Mais il faut avoir découvert Limonov à ses débuts, quand il était poète et punk dans l’URSS décadente, pour prendre la mesure du personnage. Limonov, c’était un vent de liberté et de folie qui soufflait sur un monde déjà en ruine. Si vous voulez vous faire une idée du bonhomme, lisez la biographie romancée que lui a consacrée Emmanuel Carrère en 2011. Accessoirement, c’est une merveilleuse porte d’entrée pour comprendre la mentalité et l’évolution de la Russie des années 60 à nos jours.

    Mais si vous êtes curieux et que vous voulez découvrir un esprit libre et une voix originale, n’hésitez pas à vous plonger dans l’œuvre de Limonov. Mon conseil pour commencer ? Autoportrait d’un bandit dans son adolescence, dans lequel l’écrivain raconte ces deux journées vécues à l’âge de quinze ans qui l’ont vu passer du statut de petite frappe à celui de poète. Chaque fois que je l’ouvre, ce livre agit sur moi comme une machine à remonter le temps. Il a le don de me rappeler le monde lunaire où je suis né, et m’aide à mesurer le chemin parcouru depuis. Une autre manière de ne pas oublier combien la vie est une chose précieuse, qu’il faut saisir pendant qu’elle est là. Vacances ou pas, n’oubliez jamais de vivre la vôtre !

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