Vitaly Malkin
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“Woke”, la nouvelle routine radicale

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Titania McGrath/Andrew Doyle for the @telegraph Magazine by Andy Lo Pò

Titania McGrath/Andrew Doyle for the @telegraph Magazine by Andy Lo Pò

À l’heure où les militants progressistes revendiquant l’étiquette “woke” - littéralement : “éveillés” - imposent leurs griefs, bloquent le dialogue et parfois remettent en cause la liberté d’expression, retour sur le livre Woke, A guide to social Justice le livre de Titania McGrath-Andrew Doyle, qui parodie le discours de ces nouveaux activistes. Heureux dynamitage intérieur qui joue avec les certitudes et les paradoxes d’un discours “woke” désormais bien trop rodé.

Avant de vous parler de Titania, voici, chers lecteurs, un rapide coup de projecteur sur l’idéologie woke.

“Woke” (le mot vient de l’afro-américain vernaculaire), c’est d’abord le cri de ralliement d’un nouveau type de militants se disant “éveillés”. Éveillés à toutes les questions d’inégalités, de racisme et des minorités. Être woke, c’est être constamment à l'affût des discriminations en cours dans la société. “Woke, c’est être noir”, disent tout siplement certains. Woke, pour un noir, c’est être conscient du racisme dit “systémique” et le vivre. Woke, pour un blanc, c’est être conscient de ses privilèges de blanc. Dans ses fondamentaux, l’idéologie woke tourne vite au casse-tête et vire à la culpabilisation permanente de toutes et de tous… voire des militants eux-mêmes, qui ne cessent de se surveiller et de s’invectiver sur les réseaux sociaux. 

Le wokisme a explosé sur les campus des universités américaines, jusqu’à être perçu comme un nouveau discours dominant. L’idée, d’apparence progressiste, s’est transformée en un carcan aux relents et aux méthodes brutales. Au point que le wokisme est considéré par beaucoup comme la matrice de la cancel culture, dont je vous ai souvent parlé. Une culture de l’annulation de tous ceux qui pensent différemment, et notamment de tous les discours non conformes sur les inégalités. 

De très nombreuses analyses décrivent le caractère quasi religieux de ces discours woke. Certains y voient un héritage du protestantisme, porteur d’une culture de la délation héritée du puritanisme des origines. Une analyse qui rejoint celle de mon pamphlet, Le Fantôme de la morale, dans lequel je montre l’ancrage religieux d’une certaine morale progressiste obsédée par les inégalités.

A guide to social justice

Revenons au livre Woke, A Guide to social justice. Signé par un auteur fictif, "Titania McGrath" (tiré du personnage de Shakespeare Titania - Reine des fées dans Le songe d'une nuit d'été), il a été écrit par un comédien et chroniqueur de Spiked, Andrew Doyle, qui a également créé ce personnage sur Twitter et au Fringe show du Festival d'Edinburgh. Titania s'identifie comme un "poète intersectionniste radical de 24 ans engagé dans le féminisme, la justice sociale et la protestation pacifique armée" qui est non binaire (d’où le “il” pour parler de Titania), polyracial et écosexuel. Autant de termes identitaires abscons autour desquels se bâtit le discours woke, les attributs minoritaires devenant des titres d’honneur.

Le livre est écrit comme une satire sur des questions contemporaines, et traite chaque problème moderne à travers le prisme de “l'oppression blanche patriarcale”, jusqu’à l’absurdité. Il aborde toutes les questions rabâchées par le discours woke comme la “blanchité” face au vécu noir et aux autres groupes ethniques, la position des femmes dans le monde moderne, le féminisme, la liberté d'expression, l'Islam et les attitudes à son égard, la sexualité, la mondialisation culturelle, les mariages, l'intersectionnalité, le genre et la place de la comédie…

L’ouvrage emprunte au langage du féminisme moderne et de la culture éveillée (en les élargissant à d'autres questions) et corrompt leur sens par des combinaisons fantasques, l'inversion des faits et le manque de logique. Andrew Doyle n’essaie pas de construire un argument scientifique contre la culture woke, mais expose plutôt comment “l'éveil” porte la graine de l'oppression et du totalitarisme s'il n'y a pas de possibilité d'y répondre par la critique. 

“J’emmerde le patriarcat”... et les hommes en général

Dans l’un des chapitres, J'emmerde le patriarcat, Titania considère le patriarcat comme oppressant, irrévocable, et imprégnant chaque sphère de la vie, les hommes étant décrits comme des agresseurs et des prédateurs sexuels (ne naissent-ils pas de femmes sans leur consentement...), et incite les femmes et la société à le combattre. L’occasion de remarques savoureuses :  “La prochaine fois que vous serez à proximité d'un mâle, observez son comportement avec attention. Tout ce qu'il fait est de nature phallique.” 

Ou “Lorsqu'il s'agit des hommes, chaque geste, chaque pensée est un acte d'agression sexuelle". “Lorsque les femmes seront plus appréciées que les hommes, alors et seulement alors, nous aurons atteint une véritable égalité", conclut Titania. Un joli coup de patte aux excès contemporains.

Titania mentionne #MeToo et postule que les hommes devraient être présumés coupables dès le départ. "Il y a peu d'exemples de misogynie plus virulente qu'un homme qui trouve une femme attirante”, écrit Titania. “Lorsque les femmes choisissent d'avoir des relations sexuelles avec un homme, elles se laissent littéralement baiser par le patriarcat”, conclut-elle avec élégance. 

“La mort blanche”

Un autre chapitre utilise les discours sur les privilèges des Blancs, appelant ceux-ci à "expier ou rejeter carrément leur blancheur". “Il n'est pas raciste de haïr quelqu'un sur la base de sa couleur de peau, si cette personne est blanche”, écrit par exemple Titania. 

Le dernier chapitre traite de la liberté d'expression, appelant à la censure et à l'autocensure, car la liberté d'expression ne produit que de la haine et de l'oppression. Elle plaide pour une société libre avec des limitations de la liberté d'expression. 

Dans le monde de Titania, “la "liberté d'expression" n'est "rien de plus qu'un stratagème politique, une ruse, un terme dont l'extrême droite abuse délibérément pour répandre la haine". La menace que de tels discours font peser sur la liberté est réelle. Par la satire, Doyle met à nu les excès dogmatiques de ceux que, dans le Fantôme de la morale, j’appelle les néo-puritains. Face à une telle dérive, Doyle nous livre ici une parade, drôle et salutaire. 

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